Prenez la devise de la France : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Ces trois mots sont censés définir notre nation. Globalement que pouvons-nous en dire en ce qui concerne les personnes ? Libres, oui, nous le sommes, ou comme le dit cette célèbre phrase : « La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres », proverbe qui n'est autre qu'un résumé de l'article 4 du Code civil. Bien entendu certaines personnes peuvent arguer que ce n'est pas le cas, qu'énormément de choses nous contraignent, mais nous faisons là dans la généralité. Égaux, ce n'est pas si évident, car pour le coup, et pour citer la Fontaine, « selon que vous serez puissant ou misérable », il y a certaines personnes qui sont plus « égales » que d'autres. À commencer par les hommes politiques et autres hommes d'affaires qui s'en tirent toujours mieux quand ils ont un procès en rapport avec les différentes magouilles dans lesquelles ils ont pu tremper. Les vices de procédure et les non-lieux sont pléthores pour cette frange de la population. Fraternels, selon Le Robert, hormis l'acception qui concerne les relations entre frères et entre frères et sœurs donne comme autre définition : bienveillant. Il s'agit donc de considérer l'autre comme son frère (ou sa sœur) et d'être bienveillant envers lui (ou elle). C'est un mot qu'on utilise quasiment plus, il a été remplacé par un autre, et si donc vous allez voir la définition de solidarité, vous ne serez pas surpris d'y retrouver le mot fraternité.
Solidarité donc, c'est par ce mot que de nos jours on désigne semble-t-il la fraternité. On le retrouve dans divers dénominations, « caché » souvent dans leurs acronymes. Ainsi dans ISF (Impôt de solidarité sur la fortune), dénomination qui laisse à supposer que les « plus riches » doivent être plus imposés que les « pauvres ». Le gouvernement actuel a cependant
remonté le plafond de l'ISF de 800.000 à 1,3 millions d'euros. Il faut savoir cependant que dans ce système, les dits riches ne payent pas tous, ainsi les 100 plus gros redevables de l'ISF ont un revenu moyen 6 fois inférieur aux 100 plus gros revenus. Cela vient du fait que la plupart des très grandes fortunes utiliseraient soit des stratégies de défiscalisation (le plus souvent par l'exonération des biens professionnels) ou opteraient pour l'expatriation (source Wikipédia).Mais bon, ceci est un rappel et niveau actualité, c'est un peu daté. Venons-en à un autre acronyme, RSA (Revenu de solidarité active). Je trouve ça intéressant de les mettre ainsi en parallèle car d'une part il y a disons « l'impôt pour les riches » et de l'autre côté « le revenu pour les pauvres ». Tout cela semble logique. Je reprends la définition de Wikipédia : « c'est une allocation destinée en France à garantir à ses bénéficiaires, qu’ils soient ou non en capacité de travailler, un revenu minimum, avec en contrepartie une obligation de chercher un travail ou de définir et suivre un projet professionnel visant à améliorer sa situation financière ».
Le RSA, je connais, j'en ai bénéficié. Je me suis retrouvé il y a un peu plus de deux ans sans aucune ressource, et j'ai fait une demande. Je dois dire – et nombre de ceux qui en ont bénéficié se reconnaîtront je pense dans mes propos – que j'en étais assez honteux, je ne pensais pas devoir faire une telle demande un jour, et j'avais même durant plus d'un an vécu sans rien, ce qui avait été pire encore, puisque que je dépendais de la générosité de mes parents. Alors oui, j'ai fait une demande, j'étais inscrit à l'ANPE, et le système a fonctionné pour moi. Mon conseiller ANPE m'a envoyé faire un bilan de compétence. Là j'ai eu comme interlocutrice une jeune-femme charmante qui m'a proposé de reprendre une année d'étude en Master Pro. Bon, à ce moment-là, j'ai failli perdre le RSA car le Conseil Régional n'avait pas compris que c'était une année professionnalisante et non une reprise d'études sur un long terme. Je me suis vu « galérer » pour financer cette
année de Master... Mais là c'est la faculté qui s'est battu pour moi, disant que j'avais parfaitement droit au RSA dans ces conditions et que je n'étais pas le seul dans ce cas là. J'ai donc pu suivre les cours sans trop de problèmes d'argent (le RSA c'est 460 euros par mois) et quelques mois après la soutenance de mon mémoire et de mon rapport de stage, j'ai trouvé un poste en CDI.Sincèrement, je ne sais pas si j'aurais pu aussi bien réussir ma reconversion en faisant en plus, comme le propose le gouvernement actuel, 5 à 10 heures de travail de « service social » par semaine. Certainement, le système n'est pas parfait, mais pour qu'il fonctionne mieux et pour éviter les abus, un meilleur suivi serait plus utile qu'une obligation de travail non voulu et qui ne correspondrait certainement pas aux compétences des personnes. Ce serait à nouveau, pour tous ceux qui ont peu de moyen, une nouvelle façon de les dévaloriser et de les rendre encore un peu plus honteux. Pour ma part je suis encore honteux d'avoir touché le RSA, et quand on me demande comment j'ai vécu durant deux ans, j'élude souvent la question.
La réforme de l'ISF coûte quant à elle au minimum à l'État 900 millions d'euros par an. J'ai appris également dans un article sur le site du Monde intitulé « ISF : le surplus d’abattement pour personnes à charge approuvé par la commission des finances du Sénat » que "la commission des finances du Sénat appuie la décision des députés de donner un petit "coup de pouce" financier supplémentaire aux quelque 260 000 contribuables (sur les 560 000 actuels) qui continueront à acquitter l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en 2012 : ceux-ci pourront déduire 300 euros par personne à charge des sommes à acquitter au fisc, la notion de personne à charge étant au passage étendue aux enfants majeurs poursuivant des études. Jusqu'à présent, la réduction était de 150 euros par personne à charge et elle concernait les enfants de moins de 18 ans, ainsi que les personnes invalides. "Cela atténue un peu le caractère « antifamilial » de l'ISF, pour le calcul duquel l'Etat considère le foyer comme une entité unique dotée d'un patrimoine taxable, sans aucun système de quotient", relève le rapporteur général (UMP) de la commission des finances du sénat, Philippe Marini dans son rapport sur le projet de loi".
J'aime le terme de « coup de pouce » financier pour les personnes qui touchent l'ISF.
Je ne sais pas, je me pose la question, mais pensez-vous que les personnes qui payent l'ISF, ou qui s'arrange pour en être exonérées, se sentent honteuses ? Je vous l'accorde, c'est une question idiote, puisque la réponse est forcément non.Solidarité, fraternité... Des mots qui correspondent à de grandes valeurs, mais qui finalement au-delà du papier et des grands discours ne sont souvent que lettres mortes. Il serait bon – et j'imagine utopiste – de voir entre les hommes plus de fraternité, plus d'égalité et que dans le mot liberté, on entende résonner un peu plus ces deux mots-là. Ces trois mots ne devraient pas être séparés mais former une trinité dans laquelle pourrait s'accomplir le devenir du citoyen de notre nation. Peut-être devrions-nous repenser la devise de la France, car même avec toute la liberté du monde, si nous ne respectons pas l'égalité, nous entachons la liberté, et si nous n'accordons aucune importance à la fraternité, alors que reste-t-il vraiment de notre humanité ?...

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire